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Légende de la cascade de la Beaume

Dans le temps quelques nobles résidaient dans leurs terres, vivait au château de la Beaume une famille seigneuriale que les habitants chérissaient à cause de sa grande bonté.

Une fille leur était née, et comme elle fut unique, ses parents cherchaient à ne pas contrarier ses goûts ; De sorte qu’elle allait continuellement avec les autres enfants de son âge gambader dans les prairies et au milieu des champs.

Un jour qu’elle s’était attardée d’avantage, la nuit la surprit en deçà du ruisseau.

Elle se hasarda néanmoins à le traverser avec courage, lorsque arrivée presque à l’autre bord, il lui sembla voir dans le mirage de l’eau une figure humaine avec de longues cornes sur la tête et un serpent dans les mains.

C’est ainsi que la légende avait figuré le démon. Elle pousse des cris désespérés et se met à courir à travers les prairies sans cesser ses gémissements. Les habitants des maisons voisines se hâtaient de courir du coté d’où venaient les cris. Ne sachant points ce que c’était, les hommes du château se mirent aussi a sa poursuite.

On parvint à s’emparer de la jeune fille au moment où elle allait se jeter dans les gorges profondes de la Loire. Elle était devenue folle.

Or, l’objet qui avait été la cause de ce malheur était un petit chevrier du château que les Seigneurs avaient envoyé à la recherche de leur enfant. Les cornes et le serpent que la jeune fille avait vu soudain n’étaient pas autre chose qu’un bâton pris au hasard, et l’habit dont l’enfant s’était entouré la tête, et dont les deux manches nouées sur le front simulaient en effet deux cornes. Comme il avait été le premier à l’apercevoir de l’autre coté du ruisseau, il s’était mis derrière un tronc d’arbre pour la voir traverser.

Les rayons de la lune qui tombaient obliquement sur le cristal avaient fait le reste. Grande fut la douleur des parents, qui essayèrent de tous les remèdes pour guérir leur fille bien aimée ; Leurs efforts furent vains. Le chevrier n’eût garde de jamais parler de l’aventure ; Mais il prit en si grande affection la pauvre infortunée, qu’il la conduisait toujours avec lui et qu’elle acquit l’habitude de ne pouvoir vivre tranquille qu’à ses cotés.

Ils avaient l’un et l’autre 12 ans.

Un soir en parlant autour du foyer, le père se hasarda de dire que, d’après le grand Albert, beaucoup d’eau froide jetée sur la tète des fous pouvait avoir d’heureux résultats.

On ne sait comment le mot de cascade vint se mêler dans la conversation ; Mais de ce moment le petit chevrier conçut un projet qu’il se hâta le lendemain de mettre à exécution.

Il conduisit comme c’était son usage, ses chèvres sur la colline qui longe la cascade ; La jeune folle était avec lui ; Il la prit par la main et la mena sur le rocher même d’où l’eau se précipite en bondissant d’une hauteur de cinquante mètres.

Là ils s’assirent un moment pour reprendre haleine ; Puis le chevrier descendit à l’eau et engagea la jeune fille à le suivre. Celle ci manifesta d’abord quelque répugnance. Je vois, dit alors le chevrier, l’image de la Ste Vierge au fond de l’eau ; Oh ! Venez voir comme elle est belle ! .

La jeune fille se pencha en riant ; Le chevrier la saisie alors par la main, l’attira à lui doucement, et la prenant au milieu du corps, il s’élança avec elle dans l’abîme ? .

Mais la Vierge Marie veillait sur eux ; L’innocence dans laquelle ils avaient vécu jusqu’alors avait touché son cœur ; Son bras puissant les soutint dans leur chute ; Et comme s’ils avaient été doucement déposés sur l’eau, le flux que le choc occasionna contre le rocher les rejeta sains et saufs sur le bord du gouffre ou ils restèrent quelques minutes sans connaissance ; Au bout desquelles la jeune fille reprit ses sens, soit que le sentiment du danger n’eût point parlé en elle, soit que la vie revienne plus prompte a la constitution la plus délicate.

Toujours est-il que lorsque le chevrier se réveilla de son étourdissement, il sentit la main de la jeune fille qui essuyait son visage et ses cheveux.

Ô miracle ! De ce moment elle n’était plus folle : Et son attachement pour le chevrier ne faillit point ; elle l’aima d’un amour si ardent que malgré la bassesse de son origine, elle ne voulut pas d’autres époux que lui. Ses parents, après quelques résistances, consentirent enfin à cette brèche faite à la qualité.

Le chevrier devint Seigneur de la Beaume.

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