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Archives départementales 2 E 2274

La prinse de la ville et chasteau de Solignac.

Par les sieurs de Marminhac, de Pouzols assistéz des capitaines Yrail et Rochette et des autres vrais et zélez catholiques de la ville du Puy en Velay, le 17 janvier 1590.

A Lyon, par Jean Pillehotte, libraire de la Ste Union.

1590

Avec privilège de Monseigneur I° duc de Mayenne

(plaquette de 12 pages, petit in-10)

Messieurs, bien que chacun sache assez les fascheux déportements dont le sieur Chaste a usé contre les habitants de la ville du Puy depuis leur déclaration au party de la saincte union je vous diray encor comme luy et sa colonne Jesabel s'estans retirez hors de ladite ville dans le chasteau de Polignac, place très forte appartenant au jeune vicomte dudict Polignac, mineur de dix ou douze ans l'administration des biens, duquel ils usurpent mal à propos, et non contens d'avoir sacrifié les leurs propres et leurs personnes au service du Béarnois, encor ont ils dissipé et dissiperent tous les jours ceux d'autruy, mesures d'un pupil, pour combattre la cause de Dieu et s'aider à sapper les fondemens de la saincte église. Pour à quoy parvenir, prenants quelque prétexte particulier contre les dits habitants vrais catholiques zélez à l'honneur de Dieu et deffense de leur religion, le dict de Chaste aurait ramassé les plus insignes voleurs et brigands de tous les pays de Vellay, Vivarets et Gévaudan des quels ayant mis bonne et fortes garnisons par tous les lieux qui estoient à sa dévotion dans les dicts pays de Velay, mesure au dict Polignac, et autres places despendantes de la Vicomté, les quelles sont és environs et proches de la dicte ville du Puy, par plusieurs et diverses fois il auroit attaqué et escarmouché vieux habitants, qui secondez de la force de la vérité et justice de leur querelle, n'ont jamais refusé le collet, ainsi d'une brusque et gaillarde résolution l'ont toujours honteusement rechassé jusques à l'embouchure de sa tannière.

Or voyant que les dicts habitants conduits par Monsieur de Pouzols, gentilhomme d'honneur, et autant admirable aux armes qu'autre de ce temps, lequel suyvant les traces de ses catholiques majeurs s'estoit retiré avec sa compagnie de gens de cheval dans la dicte ville, pour la secourir en si saincte et nécessaire occasion, comme le sang fait autour du cœur advenant quelque esmotion au corps humain accompagné du valeureux cappitaine Rochette, lesquels n'ont jamais permis leurs ennemis se retirer aucun coup sans bestevendre (comme l'on dit) à chasque sortie diminuant de beaucoup le troupeau de les essaillez, le dict de Chaste, dis-je, s'advisa de matter par nécessité ceux qu'il ne pouvoit espérer de forcer par les armes.

Et pour ce incontinent à leur retour de la ville du Puy, ils feirent apprester des petarts, avec certaine quantité d'autres engins à feu et fore bois pour parachever leur entreprise, le lendemain 18° jour, suivis de mesme trouppe que le jour precedent, ils sortirent à cinq heures du matin de la dicte ville du Puy et entre les sept et huict heures estans armez dans un bois fort proche du dict Solignac, firent dresser des mantelets, à la faveur desquels un nommé sergent Royat, soldat bien expérimenté, fut commandé poser le petart à la porte dudict bourg, et à la muraille des engins à feu pour faire bresche, ce qui fut si heureusement exécuté.

Quelque deffense que scenssent faire ceux de dedans, mesure les empruntez, guetteurs de pas qui y estoyent en garnison ; les dicts pétarts et engins firent ouverture de la porte et de dix ou douze brassées de muraille, les entrées furieusement assaillies et bravement deffendues furent enfin emportées des nostres qui entrans de cul et de teste commencoyent à chamailler, mais voyant les deffandans qu'il y en avoient desjà trent cinq ou quarante des leurs par terre, ils perdirent pied et prinrent la fuite vers le chasteau, auquel pensans estre bien asseurez, comme en lieu jugé par tous gens de guerre imprenable, mesme par un si petit nombre de gens, ils furent poursuivis par les nostres, encouragez miraculeusement du bon succés de leur première faction, jusques à la porte du dict chasteau, à laquelle les dicts sieurs chefs feirent donner le pétart, ensemble à la muraille dont il est ceint .

Ce qui succéda si bien que grande pièce de ladicte muraille tomba par terre : et (pour faire court) toutes les portes estant enfoncées, toute la place fut gaignée environ une heure après midy.

Tous ceux qui firent résistance dans icelle furent mis à mort et ne s'est trouvé (par la grâce de Dieu) qu'un des notre mort et deux ou trois légèrement blésséz.

Par ce moyen tout a esté réduit à la mercy et dévotion des dits sieurs de Marminhac et de Pouzols comme sages et admisez conducteurs pour remédier à quelque soudaine contremine, ils firent commendement qu'homme n'eut à bouger et que toutes voyes d'hostilité cessant, chacun se meit à réparer promptement les ruines du dict pétart et engins à feu, ordonnant cependant bonne et forte garde tant audict chasteau qu'au bourg.

Exécution certes que je ne s'ay si je dois nommer plus nécessaire que miraculeuse, voyant d'une part une poignée d'hommes qui vont attaquer en plei midy une telle forteresse gardée par des gens de guerre bien résolus et advertis : d'ailleurs l'importance de l'assiette du lieu qui est proche et respond aux grands chemins et passages du Languedoc et Vivaretz, seules cernes d'abondance pour les vivres et négoce de la dicte ville, outre la prinse de grande quantité de bestail et meubles, mesme de cuivre et de plus mille lards et de quatre ou cinq mille charges de bled, dont le dict de Chaste avoit muny et pourveu le dict chasteau de Solignac par le moyan duquel il tenoit comme assiégée la dicte ville du Puy, prétendant de tout en tout ruiner les habitants d'icelle, mais à cette prinse il luy est advenu ce que dit le prophète du meschant, qui lacum aperuit et effodit eum et incidit in foucam quam fecit.

Cecy a rendu les vrais et zelés catholiques du Puy plus fort et plus courageux à se maintenir et deffendre contre le dict de Chaste et contre tous ceux qui faisants banqueroutte à leur baptesme et oublians leuveu de Chrestiens se bandent contre leurs frères chrestiens et s'attaquans à Dieu mesme, taschent par une extreme malice despecer ses membres, les bons et fidelles catholiques, tels que l'on a toujours cogneu estre les habitans de la dicte ville du Puy.

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